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Territoire et mémoire du Sillon et d’Estuaire
“Pas de savoir sans critique du savoir et sans savoir critique” Henri Lefebvre

Version n°4 du site de Jean-Yves Martin historien & géographe en périurbain nantais

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"Perspectives on Henri Lefebvre : Theory, Practices and (Re)Readings"
Dir. Jenny Bauer et Robert Fischer

Les articles de cette publication collective portent un regard résolument interdisciplinaire sur le corpus du philosophe, sociologue et pionnier français de l’analyse spatiale Henri Lefebvre (1901-1991). Ses travaux sont étudiés d’un point de vue théorique et pratique par des auteurs de divers domaines (littérature, histoire, philosophie, géographie, sociologie, ethnologie) réexaminant de près les textes de référence de Lefebvre.

Article mis en ligne le 4 novembre 2020

par Jean-Yves Martin

Le tournant spatial lefebvrien atteint l’Allemagne. Selon l’éditeur, De Gruyter Oldenbourg, « ce recueil d’articles porte un regard délibérément interdisciplinaire sur l’œuvre d’Henri Lefebvre (1901-1991), philosophe, sociologue et pionnier de l’analyse spatiale. Ses travaux sont analysés sous l’angle de perspectives théoriques et pratiques par des auteurs de différents champs disciplinaires (littérature, histoire, philosophie, ethnologie) examinant de près les textes de références de Lefebvre.  » Ses jeunes auteurs sont principalement allemands (des universités d’Erfurt, Kassel, Heidelberg, Bâle, Magdebourg, Hambourg ), mais aussi brésiliens (Rio, São Paulo), anglais (Sussex), mexicains et italienne (Palerme).

La préface est de Susanne Rau, professeur d’histoire et de cultures des espaces modernes à l’Université d’Erfurt. Elle y présente l’ouvrage comme « une série de contributions sur la « théorie et l’application » de Lefebvre dans les études culturelles issues de le contexte des ateliers Lefebvre à Erfurt (2014), Darmstadt (2015) et Bâle (2017). Le projet a été mené ensemble, avant tout, par Jenny Bauer (Kassel) et Robert Fischer (Erfurt) et a été lancé en coopération avec Erfurt Spatio-Temporal Studies. Le volume reflète ce qui est évident depuis plusieurs années dans le monde germanophone, et pas seulement dans ce livre : un intérêt accru pour la théorie de l’espace de Lefebvre - et ce malgré le fait que son principal ouvrage sur la théorie de l’espace - « La Production de l’espace » - n’a pas encore été traduit en allemand [une traduction est à paraître fin 2020].

La fascination qu’exerce l’approche de l’espace par Lefebvre est certainement à expliquer avec le tournant spatial général des sciences sociales et des études culturelles. Mais ce qui doit être souligné pour Lefebvre - contrairement, par exemple, à Michel Foucault, qui compte également parmi les grands penseurs de l’espace du siècle dernier - c’est qu’il développe en fait une théorie et une méthode complètes, et qu’il n’a pas simplement fait des tentatives essais pour le faire. C’est pourquoi une partie de l’attrait de sa théorie de l’espace, qui est aussi une théorie critique de la société, réside dans sa meilleure applicabilité.

Pourtant, cette théorie de l’espace n’est en rien tout ce que l’œuvre de Lefebvre a à offrir : une critique de la vie quotidienne, du droit à la ville, du matérialisme dialectique et du rythme analyse sont également des termes qui peuvent être liés à Lefebvre, qui était à la fois philosophe, sociologue, théoricien urbain et publiciste. Et c’est la raison pour laquelle Lefebvre ressuscité peut aujourd’hui apparaître sous différentes formes selon sur le contexte historique, spatial ou académique. Il y a eu pourtant une période, après 1991, où - contrairement à aujourd’hui, en 2018 – où il était bel et bien déclaré mort. Dans ce qui suit, je vais esquisser la base - en constante évolution - de la pertinence et de la visibilité actuelles que Lefebvre a vécues depuis sa mort, surtout en France, pour ensuite s’engager dans son accueil en Allemagne. »

S’agissant de la France elle fait aimablement référence à mon article de 2006 dans la revue suisse Articulo, et aux ouvrages - personnel puis collectifs – de Hughes Lethierry sur Lefebvre (2009, 2011 [et non pas 2001] et 2015). Voir les références de la préface p.XV.

Suzanne Rau : Elle a elle-même écrit un livre sur l’espace (Räume : Konzepte, Wahrehmungen, Nutzungen, 2013, rééd., 2017). Elle y pose d’abord la question de savoir s’il est possible - ou même utile - d’essayer de définir l’espace. Elle estime quant à elle que les historiens ont le potentiel pour « ajouter de la valeur » aux discussions sur le passé en considérant comment l’espace est « produit », un processus qui peut être destructeur ; comment nos relations sociales sont transformées et institutionnalisées à travers l’espace ; et, enfin, les manières dont nous pouvons analyser les relations de pouvoir derrière les injonctions faites aux espaces à travers des documents tels que des cartes.

En langue allemande il y a bien eu l’ouvrage pionnier magistral de Christian Schmid en 2005 (Stadt, Raum und Gesellschaft, Franz Steiner Verlag ) qui portait sur « la théorie de la production des espaces » chez Henri Lefebvre. Mais c’est ce présent recueil de 2018 qui manifeste publiquement le « tournant spatial » lefebvrien d’une nouvelle génération de chercheurs des années 2010 en Allemagne. Il se concrétisera également sous peu par la publication attendue en allemand de « La production de l’espace » : [« Die Produktion des Raums »], traduit par Annet Busch (Taschenbuch), annoncée pour le 31 décembre 2020.

Jenny Bauer et Robert Fischer (Ed.), Perspectives on Henri Lefebvre : theory, practices and (re)readings, De Gruyber/Oldenburg, 2018, 233 pages.

Bibliographie