Au cœur du débat Nantes La Loire et Nous

Membre de la commission du Débat

Mercredi 24 septembre 2014, par Jean-Yves Martin // Différence & moments

Je fais partie de cette commission du débat qui compte huit membres. A ce titre on m’a posé deux questions au moment de sa mise en place, en voici mes réponses.

- La Loire et moi ?

C’est en lisant le récent "Dictionnaire amoureux de la Loire" (2014) que j’ai mesuré à quel point, l’air de rien, je suis ligérien. A chacun sa Loire, bien sûr. La mienne, c’est celle de Saint-Nazaire à Angers. Mon père est né à Oudon, et moi en 1946 à Saint-Mars du Désert. Puis j’ai vécu mon adolescence à Cholet, tout en allant parfois en vacances du côté de Béhuard.

La grande ville, c’était alors Nantes. Nous y venions pour la mi-carême. Je me souviens d’y avoir acheté mes premiers livres chez Durance. Plus tard, j’ai lu "La forme d’une ville" de Julien Gracq, géographe romancier, et sa nouvelle "La Presqu’Île".

Ma Loire c’est encore le GR3 qui, remontant le fleuve jusqu’à sa source, part de Guérande, passe par la Brière, longe le Sillon de Bretagne jusqu’à Nantes, avec de nombreuses vues panoramiques sur l’estuaire. Et aussi, vigile sur son embouchure, l’observatoire de Tadashi Kawamata à Lavau/Loire, symbole de la reconquête visuelle de cette rive du fleuve.

Même s’il pousse jusqu’à la douceur angevine, mon sentiment d’appartenance ligérien est surtout estuarien. La Basse-Loire de l’industrie et des chantiers navals, celle des luttes ouvrières. Historien, j’ai écrit sur la grande grève de 1955 dans la métallurgie nazairienne (AREMORS 1985).

- Le débat et moi ?

Géographe, je suis très attentif aux phénomènes d’inégalités, de ségrégations et de relégations, les ayant étudiés en d’autres lieux - le Nordeste du Brésil - comme partie intégrante du lien socioterritorial complexe entre identités et territorialités. Ici, comme ailleurs, le droit à la ville, suivant Henri Lefebvre, c’est d’abord un droit d’accès pour tous à la centralité, y compris les invisibles des périphéries.

Notre Charte du débat constitue une déclaration d’intention forte. Elle devra tenir tous ses engagements, en évitant certains écueils ou ornières. Entre autres, celle d’un débat d’initiés, ou celui d’une opération de pur marketing territorial. Pour y parvenir, il faut impérativement se donner les moyens d’y associer les catégories et classes populaires. Même s’il n’est pas gagné d’avance, c’est un véritable défi à relever, et une urgence démocratique. Le recours aux outils numériques est un atout, mais en mesurant, d’expérience, à la fois tout leur intérêt et leurs limites réelles.

Le débat, à travers ses diverses formes et ses contenus - le document socle de l’AURAN n’étant qu’une base de départ - devra mériter en marchant son titre de grand débat citoyen. Pour moi, c’est le rôle de notre commission, mixte et pluraliste, que d’y veiller de son mieux.

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