La ville des riches et la ville des pauvres

Urbanisme et inégalités

Lundi 23 février 2015, par Jean-Yves Martin // Radicalité

Le creusement des inégalités sociales est un des défis majeurs du 21e siècle. En saisir les causes réclame toutefois de dépasser la seule grille d’analyse économique et d’appréhender ce creusement dans le lieu de son inscription la plus concrète, la ville. Considérée depuis tout temps comme l’espace de l’intégration sociale et culturelle, la ville a également été, tout au long de son histoire, le théâtre de stratégies de distinction de plus en plus complexes.

Les gated communities cernées de favelas, pour extrême que soit cet exemple, en sont la matérialisation actuelle la plus significative. Influencées par la double rhétorique de la sécurité et de la différence et guidées par le marché et sa rationalité unilatérale, les stratégies de distinction contemporaines impriment leurs marques au cœur de l’espace urbain  : de sociales, les inégalités deviennent spatiales, et toutes deux, se renforçant mutuellement, favorisent des régimes de ségrégation territoriale dévastateurs.

Les urbanistes portent, selon Bernardo Secchi (1934-2014), de lourdes responsabilités quant à cette dérive. Il livre dans cet ouvrage une réflexion lucide et claire sur l’histoire et les mutations récentes de la ville et avance des solutions pour faire face à ce qu’il nomme la «  nouvelle question urbaine  ». Il plaide pour une ville poreuse, perméable et accessible. Son projet se veut ambitieux  : il doit tenir compte des qualités des villes qui nous ont précédés et donner forme à une nouvelle conception du collectif.

Bernardo Secchi, "La ville des riches et la ville des pauvres, Urbanisme et inégalités", Métis Presse, Collection : vuesDensemble Essais, 5 fevrier 2015, 96 p., 14 €

P.-S.

A lire dans Place publique #51 page 117 :