L’état du débat public dans la métropole nantaise

dans Place publique #50

Lundi 9 mars 2015, par Jean-Yves Martin // Territoires

Dans « quelques notes sur le débat public, ses formes, ses acteurs, ses lieux, ses limites » le comité de rédaction de Place publique - transformé pour le coup en Comité invisible - constate que malgré le foisonnement des lieux et des initiatives, la question d’une certaine atonie de ce débat public est désormais posée.

http://www.revue-placepublique.fr/

Les démarches de démocratie participative, posent la question de leur impact sur la décision publique et « celle de leur capacité à associer les populations les plus démunies », les classes populaires. Le paradoxe devient immense : des élus qui promeuvent la démocratie participative face à des citoyens qui ne se déplacent même plus pour mettre leur bulletin dans l’urne », comme on le vérifiera à coup sûr le 22 mars prochain.

Les diverses prospectives à échéance 2030 ou 2040 qui foisonnent depuis 2011, mobilisent beaucoup d’énergie et contribuent à la réflexion collective pour l’avenir commun. Il en est ainsi pour le Grand débat. Mais, « au terme du débat sur la Loire, il faudra bien que la collectivité tranche sur la construction d’un ou plusieurs franchissements nouveaux sur le fleuve. Mais on sera en droit de se demander si le débat aura été autre chose que le décor d’un choix technico-politique ».

Il n’est plus possible d’opposer débat traditionnel et débat numérique – débat "présentiel" et débat "distanciel" - même si délibérer semble toujours exiger une présence collective, avec des règles et la formalisation d’une procédure. Concernant Internet et les réseaux sociaux, cet article évoque : "des blogs et des sites [qui] offrent des informations, des opinions et alimentent le débat local. Citons entre autres La Méforme d’une ville du mystérieux Sven Jelure, Les Etats et empires de la Lune du caricaturiste Frap ; alias Eric Chalmel ; l’atelier du polygraphe du journaliste et écrivain Philippe Dossal. A contrepied, le site de "géographie radicale critique et d’études lefebvriennes" de Jean-Yves Martin, ex-élu de Savenay [1], le blog du militant breton Michel François... Autant d’exemple qui montrent que sur la Toile, la controverse n’est pas seulement sommaire. Internet offre en tout cas l’espoir de toucher la jeunesse, devenue la grande absente de la plupart des débats démocratiques" [2].

Et finalement, sous la surface à peine ridée du débat officiel, des failles profondes ne travailleraient-elles pas en silence ? Pour ce comité invisible sur le débat, « on peut émettre l’hypothèse d’un malaise général dans le débat (…) un débat muet en quelque sorte, qui voit toutes sortes de déçus de "refusants" et d’exclus du système prendre le large ou essayer de le faire pour lui échapper ? Ceux-là (le peuple manquant, la jeunesse abonnée au précariat, les laissés pour compte, des sans place, les sans droit…) ne veulent plus débattre ». Faute de relais aussi, les partis politiques étant réduits pour l’essentiel, à des outils de sélection des élites gouvernantes.

La revue pointe aussi plus loin [3], un désinvestissement des universitaires autour du débat sur les questions urbaines : « parfois nous éprouvons le sentiment très inconfortable d’une faille qui s’élargit entre les élus qui débattent de moins en moins et des universitaires pour qui le local n’existe plus ». Pour le géographe, Michel Lussault « Il y a devant nous un travail de repolitisation du discours universitaire ». Car il l’admet : « on est en train de mourir à petit feu dans le champ de l’académique, parce que nos savoirs deviennent de plus en plus des savoirs froids qui ne sont plus impliqués au cœur des questions politiques ».

Si bien des constats sont exacts, il reste à trouver les moyens d’en sortir, de les dépasser. Pour que le débat public local ne s’enlise pas davantage, avec tous les risques que cela comporte.

http://www.revue-placepublique.fr/

P.-S.