Espace et rapports de domination

Jeudi 19 mars 2015, par Jean-Yves Martin // Radicalité

Dans le contexte capitaliste néolibéral actuel, l’espace permet aux dominants d’asseoir leur domination par la surveillance, la spoliation, la relégation, etc. L’ouvrage analyse cette situation mais aussi l’utilisation de l’espace dans la résistance et la contestation des dominés. Dans le champ de la critique sociale francophone, les contributions explorent ainsi divers domaines : la question urbaine, les études sur le genre, le sexe, la sexualité et l’intersectionnalité, la question des migrations ainsi que celle des populations marginalisées et, enfin, l’environnement.

Anne Clerval, Antoine Fleury, Julien Rebotier et Serge Weber (dir.), Espace et rapports de domination , Collection : Espace et Territoires, PUR, 2015

Quatrième de couverture

Dégagé de la plupart de ses contrepouvoirs depuis la fin des années 1980, le projet politique néolibéral et les inégalités qu’il renforce paraissent aujourd’hui sans remède. Est-il si difficile de ne pas céder à la résignation ou, pire, à l’indifférence ? Les outils pour identifier ces inégalités, les expliquer et les dénoncer ne manquent pas. La pensée critique connaît, en France comme ailleurs, un formidable renouveau. Dans toutes les disciplines des sciences sociales, l’apport de nos aînés est revisité et enrichi de nouvelles propositions pour se confronter aux injustices contemporaines, qui semblent rendues acceptables par des manipulations intellectuelles et des ficelles de plus en plus grossières.

L’espace est, comme le temps et l’argent, un redoutable allié des dominants. Accaparé, exproprié, spolié, marchandisé, financiarisé, surveillé, refusé, l’espace se révèle être, à toutes les échelles et dans toutes ses configurations, une excellente clef de lecture de la situation des dominés. Confinement, relégation, enfermement en sont les modalités extrêmes, mais bien d’autres, plus subtiles et moins visibles, contribuent à pérenniser des rapports de force à ce point asymétriques qu’il n’est de meilleur terme pour les qualifier que celui de domination. Mais l’espace est aussi l’allié des dominés engagés dans des processus de résistance, de contestation ou de lutte contre l’ordre du capitalisme néolibéral. Dotés de ressources propres, les dominés construisent aussi des stratégies, individuelles ou collectives, qui prennent appui dans l’espace et peuvent faire de ce dernier une ressource pour se faire entendre ou se rendre visible.

Dans un contexte académique mondial dominé par les travaux anglophones, en particulier ceux de la géographie radicale, cet ouvrage entend présenter la manière dont les chercheurs et chercheuses francophones travaillant sur les questions spatiales analysent les rapports sociaux de domination, qu’ils soient de classe, de race, de sexe, autant de rapports sociaux qui ont un fondement matériel. Plusieurs entrées thématiques sont explorées, qui renvoient à des champs de recherche bien identifiés : la question urbaine, les études sur le genre, le sexe, la sexualité et l’intersectionnalité, la question des migrations et celle des populations marginalisées et, enfin, l’environnement. Cet ouvrage témoigne donc de la grande vivacité des travaux francophones, tout en réaffirmant l’utilité de penser l’espace dans la critique sociale.

Plan sommaire :

- L’approche radicale en géographie : des pratiques de recherche
- Des formes et des échelles : un statut épistémologique de l’espace toujours en débat
- Production de l’espace urbain et rapports sociaux de domination
- Genre, espace et imbrication : des rapports de domination
- "Gérer les indésirables" : dispositifs de mise à l’écart et tactiques de résistance
- La domination à travers l’environnement

Site des Presses Universitaires de Rennes : http://www.pur-editions.fr/detail.php?idOuv=3765