Félix Guégan (1899-1945)

résistant communiste mort en déportation

Vendredi 1er mai 2015 // Histoire

A l’occasion de la journée de la déportation du 26 avril, la municipalité de la Chapelle-Launay a rendu hommage à Félix Guégan (1899-1945), syndicaliste CGT et résistant communiste, déporté et décédé à Bergen Belsen le 15 mai 1945.
Après une cérémonie au monument aux morts de la commune, un remarquable exposé de Jean-Claude Bonhomme, élu municipal, professeur d’histoire, a retracé, en présence de sa famille, le parcours humain et militant de Félix Guégan, à partir de recherches et de témoignages inédits.

FELIX GUEGAN (1899 -1945)

Document publié sur le site communal de la Chapelle-Launay

Félix GUEGAN nait à Penhoët, quartier industriel de Saint Nazaire, le 10 juillet 1899 (1). Ses origines familiales sont classiques pour un nazairien. Son père Louis, manoeuvre et sa mère Marie Louise, ménagère ont, comme bien d’autres, quitté Limerzel (Morbihan) où la révolution agricole ne leur offrait plus d’avenir. Saint Nazaire, alors en pleine expansion, avec son port et ses chantiers navals, est un espoir pour tous ces paysans sans terres (2).

Après avoir fréquenté l’école de Méan (3), il va connaître une vie professionnelle riche. A peine âgé de 18 ans il s’engage, à deux reprises, comme soutier dans la marine marchande (4). Lorsqu’il débarque, le 25 février 1918, il est rattrapé par l’armée qui l’incorpore à dix-huit ans et demi, le 18 avril 1918 (5).En cette dernière année de guerre, l’armée française a désespérément besoin de soldats. Après une période de formation, il est envoyé au Maroc de 1919 à 1921.

A sa libération, Félix part brièvement dans les Côtes-du- Nord (Côtes d’ Armor) mais revient rapidement à Saint- Nazaire où il se marie le 7 octobre 1921(6).
A partir de cette date, sa vie professionnelle, liée à ses engagements politiques et syndicaux, va être mouvementée (3). Son fils, Camille, dans des documents privés, parle de son adhésion à la CGT et au parti communiste ainsi que de sa participation à des grèves qui ont secoué Saint Nazaire en 1923. Son militantisme syndical ne lui permet plus de trouver du travail et il doit quitter la ville pour Blainville dans la périphérie de Caen et Puteaux dans la région parisienne (3 et 5). C’est là que naît son fils Camille le 26 novembre 1923 (3).

Trois ans plus tard, Félix est de retour à Saint Nazaire (7) mais il n’y reste que peu de temps et repart pour Puteaux. On le retrouve en Seine-Inférieure, au Havre puis à Lillebonne en Basse-Seine dans les années trente où il est embauché en 1933 à la raffinerie SFAR de Port-Jérôme (Notre-Dame de Gravenchon). C’est là qu’il prend des responsabilités politiques en devenant secrétaire de la section du parti communiste de Lillebonne, et candidat aux élections cantonales. Au congrès du parti communiste d’Arles en 1937, il est un militant et un responsable politique confirmé(14). Sa participation à la grève générale du 30 novembre 1938 entraîne son licenciement de la raffinerie de Port- Jérôme (3), comme des milliers de militants, placés sur listes rouges. Il doit alors quitter alors Lillebonne pour Boulogne Billancourt où il retrouve du travail dans l’usine FARMAN, non loin de l’endroit où il habitait dans les années vingt (3 et 5). C’est d’ailleurs là qu’il est mobilisé le 26 janvier 1940 dans le 5è Génie.
Fait prisonnier le 28mai 1940, il est interné au STALAG IV B (5) où il fait la connaissance de Corentin LE CONTEL qui deviendra plus tard responsable FTP (Francs-tireurs partisans) pour la région de Saint Nazaire et sénateur dans l’après-guerre.

Le 10 juin 1941, Félix GUEGAN est libéré pour raisons médicales. Il retourne dans sa région natale et s’installe, avec sa famille, à La Chapelle Launay, à la Guyonnière, profitant « du retour à la terre », prôné par le maréchal Pétain. Sans doute contraint par son statut, il travaille dans une entreprise allemande, BOCK, à DONGES où il fait la connaissance de Lucien BIALE.

En février 1942, Félix GUEGAN est rattrapé par la lutte féroce engagée entre le parti communiste et la police de Vichy. Cette dernière a formé des brigades spéciales qui vont s’attacher à démanteler le PC. De janvier à la mi- février, les brigades spéciales sont sur la piste parisienne d’un haut responsable à l’organisation du parti : André PICAN. Les filatures, menées par de hommes convaincus de leur mission et formés vont aboutir à plus d’une centaine d’arrestations dans la deuxième moitié de Février. A travers l’arrestation d’intellectuels comme Georges POLITZER, Jacques DECOUR, d’organisateurs comme Félix CADRAS ou André PICAN, le parti communiste est durement touché. Les documents saisis chez Félix CADRAS et, en particulier des « passes », des cartes divisées en deux parties vont permettre à l’inspecteur RANDON des renseignements généraux de se faire passer pour un responsable du Parti auprès de Lucien BIALE. Convaincu d’avoir affaire à un haut responsable du parti, il évoque ses camarades dont Félix GUEGAN (9).

Arrêté ainsi que sa femme le 20 février, ils sont transférés à Paris, Félix à la prison du Cherche-midi et Fernande à la Santé. Libérés tous deux le 16 juillet, faute de preuves, ils regagnent La Chapelle Launay en mauvaise santé. Lucien BIALE, quant à lui, est transféré au fort de Romainville et fusillé comme 113 autres otages le 21 septembre 1942 au Mont-Valérien à la suite de l’attentat contre le REX à Paris (8). Une soixantaine de communistes arrêtés en février 42 font partie de cette exécution massive. Félix GUEGAN et sa femme échappent de peu à ce massacre.

Félix reprend alors son travail dans la même entreprise ; avec son fils, ils renouent avec la Résistance (10). Il est nommé responsable Front National du secteur de Saint Nazaire en février 1944. Le Front National*, créé en 1941 par le parti communiste, soucieux de s’ouvrir aux autres sensibilités politiques est, à ce moment-là, soumis à une forte pression : il a subi une vague d’arrestations fin 42, début 43 et s’est réorganisé sous l’autorité de Libertaire RUTIGLIANO (11).

Le 29 juillet 1944, Félix annonce à son fils qu’il part pour FEGREAC (SEVERAC ?) car « il y a un problème » et lui demande de se tenir sur ses gardes (3).Corentin LE CONTEL ordonne à Camille GUEGAN de se joindre au 2è bataillon FFI à Nozay. Camille rejoint ensuite un groupe qui tente de former un « maquis » éphémère entre la Basse Chapelle et Lavau. Ce même jour, Félix GUEGAN est arrêté (dénonciation ?).

Sa vie va prendre alors un tour tragique : selon le témoignage de Léon LEGRAND (12), il quitte la prison La Fayette à Nantes le 5 aout 1944. Le LIVRE MEMORIAL (13) de la Fondation de la mémoire de la Déportation nous permet de suivre le destin de ce que l’on a appelé le convoi de LANGEAIS qui, parti de Rennes, passant par Nantes, emmènera 721 détenus à BELFORT. Seul, un peu plus d’un quart des déportés de ce convoi en reviendront. Le 27-28 août, le convoi est affecté à Neuengamme où il reste jusqu’au début septembre. 3/4 des déportés de ce convoi sont ensuite expédiés au Kommando de WILHEMSHAVEN pour y travailler dans les chantiers navals. C’est là que la mortalité sera la plus élevée. Félix en fait partie. Il a 45 ans. Quand les déportés ne travaillent pas aux chantiers navals, ils déblaient les décombres de la ville.

Début avril 1945, le kommando est évacué en deux temps : un convoi ferroviaire le 3 avril et une « marche de la mort » deux jours plus tard. Félix fait partie du convoi. L’aviation alliée bombarde le train : plus de 60 déportés périssent ; un nombre inconnu de déportés est exécuté par les SS. Les survivants arrivent à BERGEN BELSEN, camp mouroir où le typhus fait rage. Félix en meurt après la libération du camp, le 15 mai 1945.

Jean Paul NICOLAS (correspondant en Seine Maritime du dictionnaire national MAITRON des militants ouvriers)
et Jean-Claude BONHOMME

SOURCES & notes :

1. Etat civil de Saint-Nazaire
2. Archives départementales 44
3. Archives privées- Camille GUEGAN
4. Matricule des gens de mer.
5. Fiche matricule
6. Etat civil de Montoir de Bretagne
7. Recensement de la population- archives départementales.
8. Dossier de l’ONAC de Lucien BIALE.
9. Rapport du commissaire de police André Gillet de la 1ère brigade régionale de police judiciaire et rapport de synthèse de Renseignements généraux en mars 1942.Documents de Jean Paul NICOLAS.
10. Musée national de la Résistance
11. Dominique BLOYET et Jean Pierre SAUVAGE « La répression anti communiste en Loire Inférieure »
12. Léon LEGRAND, secrétaire du Front National.
13. Livre mémorial –Thomas FONTAINE – Guillaume QUESNEE-
14. Documents prêtés par Jean Paul NICOLAS

* Front national de lutte pour la liberté et l’indépendance de la France.