La Loire et vous : un compte-rendu de L’Huma café citoyen

Au Lieu Unique de Nantes 24 avril 2015

Jeudi 2 juillet 2015, par Jean-Yves Martin // Territoires

Pour L’Huma café®, consacrer un café citoyen (le 89ème du nom) à la Loire, coulait de source. Celui-ci était intitulé " La Loire et vous", indiquant par là que l’objectif était bien de donner la parole à qui voudrait la prendre.

Jean-Yves MARTIN, membre de la Commission du grand débat, était présent. Il a d’emblée situé son rôle : écouter. Il a rappelé les 4 thématiques retenues, souligné la richesse (quantitative et quali-tative) de la documentation disponible sur le site du Grand débat : document-socle rédigé par l’AURAN, présentation des auditions, contributions citoyennes sous forme de cahiers d’acteurs : 410 avis, 66 cahiers d’acteurs, 13 auditions publiques (à la date du 24 avril).

La configuration de L’Huma café® était différente puisque le public, particulièrement nombreux (130 personnes) y était invité à débattre.

Ce débat a été introduit sous la forme d’une table ronde, modérée par Jean-Pierre BRANCHEREAU, géographe, fin connaisseur du dossier, avec la participation de Ronan VIAUD, archiviste (et président du CHT) qui a présenté le contexte historique, Amélie NICOLAS, sociologue à l’Ecole d’Archi, qui a analysé les rapports complexes entre la ville et le port et deux syndicalistes portuaires (CGT) Guillaume VESCOVO et Anthony CORBILLET.

R.VIAUD a évoqué la diversité des activités économiques sur la Loire : pêche, tanneries, savonneries, chantiers navals de Chantenay à la Prairie au Duc, les conserveries et biscuiteries émigrant vers l’ Ile de Nantes. A partir des années 1950 certaines activités ont disparu (pêche, lavoirs etc.) quand d’autres ont été délocalisées en 2ème ou 3ème couronnes. Le site de Cheviré a été choisi très tôt. Sur le plan de ville de 1907, on dénombre une trentaine d’entreprises de la taille de Guillouard.
Peut-on concilier la ville et le port ? Amélie NICOLAS fait référence à plusieurs expériences : celle des water fronts par exemple. Les anglo-saxons ont inventé une reconversion portuaire sous forme commerciale et touristique avec des espaces de loisirs investis par des franchises. C’est le modèle des Docklands à Londres, sans aucune régulation, où règne la loi du marché et qui a conduit à un fiasco un peu corrigé par une certaine reprise en main des pouvoirs publics. L’aménagement de l’île de Nantes est arrivé dans ce contexte. On s’est inspiré de Bilbao mais faute de musée international de l’envergure de Guggenheim, on a choisi d’aménager un parc d’attractions avec l’éléphant et les Machines de l’ île. Cette restructuration a entraîné un réel phénomène de gentrification, corrigé par le taux de logements sociaux construits.

Que devient le port dans tout cela ?

En quelques chiffres, Guillaume VESCOVO, secrétaire du Syndicat CGT du port en montre l’importance : ce sont encore 520 emplois directs, 400 dockers, 125 grutiers, un trafic de 27 millions de tonnes à l’année et 25 000 emplois indirects.

Le port ne peut être réduit à n’être plus qu’une "vitrine à bibelots" avec un bateau militaire et quelques paquebots qui d’ailleurs ne peuvent plus accoster quai Wilson. Des activités nautiques de loisirs (ski nautique, kytesurf etc.) peuvent y trouver leur place, mais à condition de ne pas toucher à l’outil de travail des portuaires.
Il évoque le projet du Bas - Chantenay : port de plaisance, éco-quartier ? et rappelle qu’il y subsiste des activités industrielles. Veut-on les en chasser ?

Jean-Pierre BRANCHEREAU évoque alors le "modèle" de Duisbourg , où il y a coexistence entre la ville et les activités portuaires. Il soulève la question des franchissements. Pendant longtemps, rappelle Ronan VIAUD, Pirmil a été le seul franchissement. Le développement de la ville et de l’agglomération a conduit a en réaliser d’autres. Le noeud de la question c’est l’existence du port et donc la question de la zone d’évitage (la seule qui permettre aux navires à fort tirant d’eau d’effectuer leurs manoeuvres de retournement). Des projets comme le pont transbordeur ont une vision patri-moniale.

Des évolutions dans les modes de gestion du temps peuvent être pensées : pourquoi devrions nous tous embaucher et débaucher à la même heure ? "Si l’on veut tuer le port, il faut construire un pont" s’écrie le syndicaliste. La zone d’évitage est incontournable. Un ouvrage aérien de type Cheviré n’est pas concevable dans une zone aussi urbanisée. La CGT est favorable à un franchissement par tunnel qui préserve les activités portuaires.

Dans un troisième temps, l’animateur lance la question : allons-nous vers une nouvelle conception de la ville et laquelle ?

L’historien invite le public présent à faire une visite sur la Loire pour en appréhender la complexité (port de Paimboeuf, vélodrome de Couëron construit sur du sable, port Lavigne). Il rappelle qu’au siècle dernier une compagnie de barges remontait jusqu’à Bouchemaine.

JP BRANCHEREAU souligne que les activités se déplacent vers l’estuaire depuis les années 1970 et s’interroge : l’avenir de la raffinerie de Donges est-il garanti ? et celui des chantiers STX ? Que penser d’activités nouvelles, par exemple l’éolien offshore, le site de biocarburant Diester. G. VESCOVO se félicite de la décision de contournement par le train de la raffinerie, il se prononce pour le développement du barging . "Nous avons un superbe outil, c’est la Loire et nous ne savons pas nous en servir" dit-il.
Pour Amélie NICOLAS, si on assiste à une sorte de "colonisation" sur l’axe Nantes - Saint Nazaire, à une progression de la ville compact , une autre théorie peut être convoquée : celle de pôles urbains répartis sur des territoires plus vastes, à l’allemande. Dans ce cas où met-on le port ? (c’est 800 bateaux par an). Ce qui montre que les enjeux de la cohabitation ville/port sont au coeur du débat. La vision d’un port pollueur par nature est rétrograde. Elle doit être interrogée car on peut concevoir un éco-port.

Le débat qui a suivi cette table ronde a été riche en interventions soit au titre d’associations (une dizaine étaient représentées), soit à titre individuel et s’est prolongé bien au-delà de l’horaire prévu. De nombreux intervenants ont conforté, par des exemples divers, la nécessité de concilier le port et la ville et de ne pas s’orienter vers un "Aquanantes". Des problématiques semble-t-il peu abordées dans le grand débat ont été évoquées, ainsi de la gestion de l’eau (du robinet), des risques d’inondation du futur CHU, de la nécessité de maintenir le dragage, du transport fluvial, de la géographie de la Loire qui ne prend pas sa source aux portes de Nantes etc.

P.-S.

NB : Ce compte rendu a été établi par Loïc Le Gac, président de l’association les Amis de l’Huma-Café, qui nous a autorisé à le mettre en ligne ici.