Nouveaux obscurantistes et idéologie de la peur

Gérald Bronner

Dimanche 2 août 2015, par Jean-Yves Martin // Apocalypse No !

Dans un article récent du Point (N° 2238 - 30 Juillet 2015 Dossier : "les bonnes nouvelles de la science"), intitulé "les nouveaux obscurantistes", Gérald Bronner, sociologue, auteur de "La Démocratie des crédules" (PUF), démasque avec brio les idéologues de la peur.
Cet article commence ainsi : "C’est bien connu, l’enfer est pavé de bonnes intentions. Et les obscurantistes que l’on va évoquer ici, même ceux dont le travail incessant de lobbying aboutit peu à peu à une méfiance toujours plus grande à l’encontre des vaccins, par exemple, sont persuadés d’œuvrer pour le bien de notre monde. Sans doute même nombre d’entre eux se perçoivent-ils comme des progressistes ! Ils prétendent pourtant contredire l’expertise scientifique en matière de génie génétique, sur la question des impacts sanitaires des ondes, sur la théorie de l’évolution, sur la question climatique..."

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Mais, à l’occasion de la sortie de son ouvrage "La planète des hommes", l’année dernière Gérald Bronner pointait déjà du doigt "l’idéologie de la peur". Selon lui, les promoteurs de l’« heuristique de la peur » (Hans Jonas) commettent une erreur qui pourrait être fatale à l’humanité en tentant de mettre sous contrôle le moindre de nos gestes. Le sociologue nous invite à construire une nouvelle histoire de notre avenir commun, de réenchanter le risque, pas seulement pour sortir d’un climat morose, mais pour notre survie même.

https://youtu.be/hPmdba9XoqQ?list=PLTkTSyhZU38ZrjKqK9Wk0qPjxDgs-fmHO

L’auteur, Gérald Bronner, professeur de sociologie à l’université de Paris - Diderot, s’attache dans ce livre, à décrypter un certain imaginaire, obsédant, au point qu’il est devenu la grande idéologie de notre temps. Il montre que cet imaginaire apocalyptique, qui trouve sa vitalité en se hasardant à décrire la manière dont notre monde pourrait finir, est avant tout une idéologie d’intimidation. A travers une brève histoire de la fin des temps – citant films et séries télévisées, notamment la subculture particulièrement à la mode des zombies, de la Nuit des morts vivants à Walking Dead – il montre que depuis la fin des années 1990, notre imaginaire a été finalement envahi par une nouvelle terreur : celle de l’apocalypse écologique.

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P.-S.

Extrait
Les obscurantistes jouissent à plein de la philosophie relativiste contemporaine, qui considère que le vrai est une construction sociale et que l’objectivité à laquelle le monde scientifique prétend n’est qu’illusoire. Une fois cela admis, tout n’est plus ensuite qu’un jeu d’influence dans l’espace public. La dérégulation du marché de l’information que constitue Internet a profité à ce relativisme en permettant la juste revendication du droit de chacun à donner son point de vue, mais en l’assortissant d’une clause illégitime : tous les points de vue se valent. L’obscurantisme profite donc de cette confusion permanente sur nombre de sujets entre le vraisemblable et le vrai. Il dissimule une partie de l’arborescence des possibles et biaise nos choix. Car il s’agit bien de cela : choisir notre destin collectif parmi l’ensemble des mondes possibles. Cette navigation sur l’avenir est de toute façon très approximative, mais elle le devient plus encore si la boussole est truquée. Cette boussole paraît aujourd’hui aimantée sur les peurs collectives et il n’est pas certain qu’elles soient toujours heuristiques, comme l’espérait Hans Jonas (Le principe espérance).
Nous devrions sans doute nous préoccuper de cet obscurantisme qui monte, car lui se préoccupe déjà de nous.
Le Point, n°2238, 30 juillet 2015, p.51-54