Penser l’espace des mouvements sociaux avec Lefebvre

Vendredi 11 avril 2014, par Jean-Yves Martin // Henri Lefebvre

Intervention au colloque ESO à l’université de Rennes, le 11 avril 2014 (Résumé)

Il s’agit, dans ce temps de réflexion du colloque, de faire état d’un parcours personnel de géographe, formé dans les années 1970, en quête alors d’une géographie critique, suivie d’une certaine déception vis-à-vis des rares courants français issus de la radical geography, tel celui de Y. Lacoste (Hérodote).

1 - Dans un premier "moment" lefebvrien - suivant sa "théorie des moments" dans la construction de la personne (Hess, 2009) - nous reviendrons sur la manière dont ce courant a été vite décevant parce que s’annonçant comme critique, est en réalité devenu, via la géopolitique, des plus académiques. Cette quête de géographie critique était sous-tendue par une interrogation sur "la production de l’espace", vue alors de manière plus structuraliste que dialectique, et celle de géographe préoccupé de philosophie. D’où le rapprochement inévitable vers l’œuvre de Lefebvre.

2 - Un second "moment" sur lequel nous reviendrons est celui du Brésil, terrain de ma thèse. Lefebvre, qui est étudié et cité au Brésil, a permis d’aborder la question des nombreux mouvements sociaux urbains et ruraux des sans-terre (MST). La notion essentielle avancée par Lefebvre, est ici celle de la conflictualité inhérente aux territoires, pertinente pour rendre compte des situations régionales et locales. Nous reviendrons aussi sur notre curiosité pour la généalogie de l’émergence des travaux d’H. Lefebvre au Brésil. D’abord le fait des sociologues (J. de Souza Martins) elle est devenue, peu à peu, l’œuvre des géographes critiques radicaux eux-mêmes (A.F.A.Carlos, USP).

Si aujourd’hui Lefebvre est devenu une référence privilégiée pour les nouvelles générations de géographes brésiliens, on peut rappeler que le déclic remonte à la traduction en 1993 du livre d’E. Soja "géographies post-modernes" (1989) porteur d’une approche pourtant particulière d’H. Lefebvre. Malgré une distorsion poussant au débat sur la "post-modernité" il faut admettre que ce courant a au moins permis la réaffirmation de la dimension sociale de l’espace. Quant à D.Harvey, pourtant lefebvrien tardif, selon moi, il conquiert aujourd’hui une plus large audience avec ses récentes publications sur les "villes rebelles" (2012) s’appuyant, pour le coup, sur "la vision d’Henri Lefebvre" et son droit à la ville.

Dans une telle ligne de réflexion, j’ai eu moi-même l’occasion de publier au Brésil sur la "géographicité" des mouvements sociaux urbains et ruraux (1997) et la nature des mouvements socio-territoriaux (2001). Récemment s’y sont ajoutés ceux de juin 2014 dernier (Movimento Passe Livre).

3 - Dans un troisième "moment" - plutôt celui du "lefebvrien en actes" - nous pourrons également revenir brièvement sur notre expérience d’élu local (2008-2014), marquée par le constat des effets du "consensus socio-spatial", et des pesanteurs d’un conformisme technico-bureaucratique, se réclamant désormais plus du développement durable que de l’aménagement du territoire. L’occasion d’un retour vers les espaces géographiques où se jouent aujourd’hui en France divers enjeux de la conflictualité – sociale, culturelle et politique - concernant notamment les classes populaires : les espaces périurbains.