Matthieu Giroud géographe

Tué à 39 ans au Bataclan le 13 novembre 2015

Jeudi 7 janvier 2016, par Jean-Yves Martin // Territoires

Matthieu Giroud était maître de conférences en géographie à l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée depuis 2012, après avoir été maître de conférences à l’Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand entre 2008 et 2012, et avoir commencé sa carrière d’enseignant-chercheur à l’université de Poitiers en 2003.

Après des études universitaires à l’Université Joseph Fourier de Grenoble, il a été reçu en 2002 à l’agrégation de géographie, qu’il avait préparée à l’École Normale Supérieure de Lyon. Puis il s’engagea dans la recherche sous la direction de Françoise Dureau et soutint sa thèse de doctorat en géographie en 2007. Ce travail, intitulé « Résister en habitant ? Renouvellement urbain et continuités populaires en centre ancien (Berriat Saint-Bruno à Grenoble et Alcântara à Lisbonne) », lui valut le Prix de thèse 2008 du Comité National Français de Géographie.
Il travaillait sur les thèmes de recherche suivants :

- Gentrification, continuités populaires, évictions
- Mobilités spatiales, espaces de vie et changement urbain
- Analyse critique des modes de développement de la ville contemporaine

Source : http://geoconfluences.ens-lyon.fr/actualites/veille/en-hommage-a-matthieu-giroud

Préface et traduction "Paris capitale de la modernité" de David Harvey par Matthieu Giroud, maître de conférences en géographie à Marne la Vallée (Extrait).

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Préface de Matthieu Giroud
Editions Prairies Ordinaires

David Harvey n’a pu rester insensible à cette production scientifique et Paris, capitale de la modernité est sans aucun doute un des lieux où s’est formalisée l’alchimie intellectuelle qui a marqué son expérience parisienne. Ainsi, la lecture dynamique des révolutions parisiennes du XIXe siècle, croisée avec celle des transformations urbaines engagées au cours du siècle, révèle la profonde interdépendance des mouvements révolutionnaires, même avortés, et de la production de l’espace urbain. Voilà, à l’évidence, une piste des plus stimulantes pour interpréter la production de l’espace urbain contemporain, et le rôle des mouvements sociaux urbains qui animent les villes du Monde actuel. Des mouvements qui, pour certains au moins, ont le pouvoir de « vaincre les isolements et de refaçonner la ville selon une image sociale différente de celle donnée par les forces des promoteurs soutenus par la finance, du grand capital et d’un appareil d’État local de plus en plus gagné à l’esprit d’entreprise » David Harvey, « Le droit à la ville », op. cit., p. 173.
Enfin, et plus particulièrement, les analyses d’Harvey ouvrent la voie à une réflexion scientifique et citoyenne sur ce que Paris vit et devient, à l’aube d’une nouvelle mutation annoncée à grands coups de campagnes de communication comme celle du Grand Paris, et qui aiguise plus que jamais les appétits politiques et financiers.

Paris capitale de la modernité

Comment, au milieu du XIXe siècle, Paris a-t-elle pu devenir ’incarnation urbaine de la modernité ? Pour répondre à cette question, David Harvey a exploré les mutations connues par la ville à cette époque : transformation physique, avec les grands projets d’Haussmann, qui remplace le plan médiéval par les grands boulevards ; transformation économique, avec une nouvelle forme de capitalisme dominée par les puissances financières et industrielles ; transformation culturelle, avec l’irruption de ce qu’on appellera plus tard le modernisme ; transformation sociale, avec l’émergence de violents antagonismes de classes qui atteignent leur paroxysme dans les révolutions de 1848 et de 1871. En présentant la ville moderne comme le produit instable de forces hétérogènes et contradictoires, David Harvey nous offre une image vivante du fonctionnement de Paris ainsi qu’une vision panoramique de la période décisive que fut le Second Empire.

Mais cette analyse de la ville moderne est aussi l’occasion d’une réflexion magistrale sur la ville contemporaine - sur la part de la population dans l’urbanisation, sur son accès aux ressources, en somme sur le « droit à la ville ».

Éditeur : Les Prairies Ordinaires (21 mars 2012), 530 pages.